Les crimes de Staline... Quelles preuves ?

16 juin 2012

1. Lecture commentée du livre d'Hannah Arendt : "Les Origines du totalitarisme"

2 - Hannah Arendt - elle-même      

    Rejoignez-nous sur notre nouveau site :

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     Dans la "Préface" - datée de la période juin 1966-novembre 1971 - de son livre "Les Origines du totalitarisme" (Quarto Gallimard, 2002) dont le manuscrit avait été achevé à l'automne 1949, Hannah Arendt nous avoue que depuis cette fin des années quarante : 
    "Seule addition importante à nos connaissances, le contenu des archives de Smolensk (publiées en 1958 par Merle Fainsod) a montré à quel point la pénurie du matériel documentaire et statistique le plus élémentaire demeure l'obstacle décisif à toutes les recherches sur cette période [1929-1953] de l'histoire de la Russie." (page 198)

     "Obstacle décisif" : "la pénurie du matériel documentaire et statistique le plus élémentaire". C'est effectivement énorme!... Et ceci au moins jusqu'en 1958, cinq ans après la mort du "tyran". Or, la période retenue, 1929-1953, est justement celle qui, selon Hannah Arendt, couvre les années de règne sans partage de Staline.

     Ainsi la pénurie que révèle le contenu des archives de Smolensk, ne fait-elle que conforter la pénurie manifestée par l'ensemble des documents déjà rassemblés avant elles...

     Il y a, déjà là, de quoi piquer notre curiosité!...

     D'autant que nous parlons d'un livre dont le manuscrit a été achevé en 1949, pour être édité en 1951 : d'où tirait-il la documentation qui lui a permis de mettre en cause l'URSS de Staline?...

     (Voir la suite immédiatement après la présentation du livre "Quand le capital se joue du travail - Chronique d'un désastre permanent" dont sont extraites les quelques pages qui peuvent être lues ici...)

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13 juin 2012

1bis. Nouvelle parution

Les Editions Paroles Vives annoncent 

la parution de

1 - 1ère de Couv

 

 

478 pages, cousu, 29 euros (port compris)

Première partie : En marche vers le travail souverain? (1943-1947)

Deuxième partie : Entre U.S.A. et U.R.S.S. (1917-1945)

Troisième partie : Le lasso du plan Marshall

Quatrième partie : Staline accusé sans preuves (Hannah Arendt)

Cinquième partie : Une autre hiérarchie raciale (Hannah Arendt)

Sixième partie : Les à-peu-près d'un prix Nobel d'économie

Septième partie : Petite histoire de la propriété

 

Pour atteindre la page de commande et de paiement,

c'est ici.

 

 

Jean-Jacques Poignant-Gaunel, auteur du blog "Le Merle Moqueur",

nous écrit :

1 - J

 

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2. Entretiens avec Marx, Engels, Lénine

     Avant d'entrer dans les détails de ce que permet de découvrir une analyse attentive des pages qu'Hannah Arendt a consacrées aux crimes de Staline et, à travers eux, à la mise en scène de ce qu'elle appelle le "totalitarisme", il faut tout de suite souligner l'urgence à laquelle cette idéologue se trouvait, semble-t-il, soumise, puisque, ainsi qu'elle l'écrit dans cette même préface, elle s'est mise à la tâche dès 1945... qui est l'année du triomphe tous azimuts de... Staline.

      Désormais, c'est entendu, il n'y a plus d'U.R.S.S. Abstraction faite de l'éventuel rôle d'une Chine encore très lointaine et qui n'a rien de comparable dans ses modalités d'action extérieure et intérieure, il paraît que le communisme est mort de sa belle mort en Europe. Il n'y aurait plus d'avenir que pour le mode capitaliste de production et d'échange, et pour l'exploitation qui va avec : voici donc quelques dizaines de millions de chômeurs et de chômeuses...

     Mais d'où vient qu'en 1945, l'U.R.S.S. ait pu apparaître comme le grand vainqueur de la Seconde guerre mondiale? Et d'où vient que, moins de cinquante ans plus tard, elle se soit retrouvée à genoux?

     Une partie de la réponse se trouve dans le livre d'Hannah Arendt et dans la voie qu'il a ouverte. C'est ce que nous allons essayer de voir ici.

     Il faut cependant indiquer que ni Staline, ni l'U.R.S.S. ne sont nés spontanément dans l'Histoire du monde. L'un comme l'autre sont le fruit indirect d'un travail d'analyse mené par trois personnages dont il est possible de présenter les convergences en leur donnant l'occasion de revivre devant nous, mais en présence de militants de leur temps qui seraient venus les questionner sur l'état de leurs travaux aux différentes époques de leur parcours intellectuel et politique : Marx, Engels, Lénine.

     C'est le sujet du livre "Entretiens avec Karl Marx, Friedrich Engels, Vladimir Ilitch Lénine"...

14 - E

     

         Michel J. Cuny                             

         Editions Paroles Vives

         2008

         (459 pages, 29 € ) peut être commandé

         directement par courriel (sur ce blog, tout en haut, à droite).

         Pour atteindre la page de commande et de paiement,

                                   c'est ici.

 

 

     Il se présente lui-même ainsi :
     "Comment Karl Marx aurait-il répondu aux questions que serait venu lui poser, en 1848, puis en 1852, en 1866, en 1870, et enfin en 1875, un jeune visiteur français, lui-même emporté corps et âme, d'abord par la révolution de 1848 puis, vingt-trois ans plus tard, par la Commune de Paris?

    
Après la disparition de l'auteur du Capital en 1883, qu'aurait dit son ami Friedrich Engels à ce même visiteur, vieil homme comme lui, en 1884 et en 1894?
     Plus tard, reprenant la tâche là où l'avait laissée son grand-père, voici le petit-fils du communard qui interroge Vladimir Ilitch Lénine tour à tour en 1905, 1912, février 1917, octobre 1917, novembre 1918.
     Marx, Engels, Lénine... dans le feu de l'action ou dans le calme d'une réflexion qui n'en finit pas d'interroger sur les transformations des sociétés humaines... Marx, Engels, Lénine... à partir de textes tirés de leurs livres, de leurs articles de presse, de leurs correspondances... Marx, Engels, Lénine... dans l'intimité d'une discussion qu'il ne tient qu'à chacun de nous de poursuivre à sa façon avec eux, face à un monde qui demande, encore et toujours, que nous y prenions nous aussi notre place."

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12 juin 2012

3. "La quantité d'informations qu'elles ne nous fournissent pas est réellement stupéfiante" (page 198)

     Revenons, en compagnie d'Hannah Arendt, aux archives de Smolensk (publiées en 1958), "seule addition importante" (depuis 1949) "à nos connaissances". L'impression de "pénurie du matériel documentaire et statistique le plus élémentaire" qui "demeure un obstacle décisif" se confirme :
      "En effet, bien que les archives (découvertes au quartier général du parti à Smolensk par les services de renseignements allemands et plus tard saisies par les forces d'occupation américaines en Allemagne) contiennent quelque 200 000 pages de documents et soient virtuellement intactes pour la période de 1917 à 1938, la quantité d'informations qu'elles ne nous fournissent pas est réellement stupéfiante." (page 198)

     Avouons qu'il faut être parfaitement réveillé pour bien comprendre ce qui est dit ici... La quantité des informations dont on ne dispose pas est réellement stupéfiante... A notre tour, nous n'en doutons plus, à l'intérieur de l'humanité, la quantité d'âneries dont on ne sait pas si elles ont été réellement proférées est réellement stupéfiante... Mais celle-ci l'a été : nous en avons la preuve ferme et définitive.

     Staline est donc très mal parti. Quoi qu'il ait dit ou fait, ou pas dit et pas fait, au titre d'une absence de preuves réellement stupéfiante, il n'est pas stupéfiant qu'on lui mette sur les bras environ 100 millions de victimes... Il ne peut pas se plaindre : ça n'est vraiment pas cher payé. Moins il y a de preuves, plus il y a de crimes... quand on a le malheur d'être communiste, puisque la seule preuve exigible, c'est que, justement, on est communiste : après quoi il est stupéfiant de devoir constater à quel point la quantité de preuves que la réalité ne nous offre pas - alors qu'elle le devrait puisque le quidam est communiste - est réellement stupéfiante.

     Mais gardons-nous bien de trop souligner l'honnêteté intellectuelle très particulière d'Hannah Arendt : les plus grand logiciens ne sont pas toujours exempts de quelque bourde monumentale... Elle va se reprendre.

     Voici la suite immédiate : "Malgré 'une abondance de matériaux presque ingérable sur les purges' de 1929 à 1937, elles ne contiennent aucune indication du nombre des victimes ni aucune autre donnée statistique d'importance vitale." (page 198) Là, donc, c'est le contraire... L'abondance de matériaux dépasse presque les capacités de gestion, mais sans fournir ce qu'il serait "vital" de connaître : le nombre de victimes. Vital pour qui, pour quoi? Pour celles et ceux qui tiennent à ce qu'il y ait des victimes, parce que ces gens-là savent que, de toute nécessité, il doit y avoir des victimes, et pas qu'un peu.

     Par conséquent, s'il ne s'en trouve pas (pas même mille, pas même cent, pas même une : on n'est pas fichu de nous le dire, chère Hannah Arendt), c'est qu'il y a, quelque part, une entourloupe. En effet, "chaque fois que des chiffres sont donnés [à qui? et lesquels?], ils sont désespérément [puisque tellement "vitaux"] contradictoires, les diverses organisations donnant toutes des ensembles différents [que nous aimerions connaître], et tout ce que nous apprenons avec certitude est que beaucoup des statistiques, si tant est qu'elles existèrent jamais, furent retenues à la source par ordre du gouvernement".   (page 198)

    Il faut bien y insister : "avec certitude" "retenues à la source par ordre", dans l'incertitude où nous sommes du fait qu'"elles existèrent jamais". Voici un très joli exemple de procès de Moscou. Madame Hannah Arendt est décidément une intellectuelle de très haut rang. Encore ne sommes-nous que sur le seuil de son bel univers.

     Mais de tout ce que voici : faut-il en rire? faut-il en pleurer?

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11 juin 2012

4. Variations sur la "connerie" ordinaire

     Restons dans ce même deuxième paragraphe de la page 198 du beau livre de notre amie Hannah : "En d'autres termes, si l'on a toujours su que les publications soviétiques officielles avaient des fins de propagande et n'étaient nullement sûres, il apparaît maintenant que les sources sûres et le matériel statistique n'ont probablement jamais existé nulle part."

     Ceci est donc la dernière phrase... de ce deuxième paragraphe dont toutes les citations jusqu'à présent utilisées proviennent. Il s'offre bravement en conclusion de ce merveilleux exercice de logique que nous avons pu voir se déployer devant nous : "En d'autres termes"...

     Quels sont-ils donc, ces "autres termes"? Voici tout d'abord, et c'est en effet un personnage essentiel du système des préjugés : "on". Si "on" donne la part belle à "on", "on" est tout à fait sûr d'arriver à des preuves retentissantes et qu'"on" ne pourra guère contester puisqu'"on" fait partie, qu'"on" le veuille ou pas, du "on" lui-même.

     Bon, et alors ce "on" qui nous met dans sa poche pour pas cher, à quoi est-il chargé d'apporter sa garantie en tant qu'il est sujet? A ceci : "on a toujours su que..." C'est sûr qu'"on" y est depuis longtemps dans ce monde. "On" n'a pas de date de naissance, et "on" va certainement nous (mettre un "nous" dans ce contexte, c'est déjà faire une énorme concession, évidemment!) suivre jusqu'à la fin des temps.

     Mais, il n'est pas possible d'éviter la question suivante : ce "on" qui a "toujours su que", n'est-ce pas ce drôle de personnage qu'"on" appelle un "con"? Ou, pour ne pas faire injure à tous les "cons", au plus parfait d'entre eux?

     Ceci dit, "on" n'ayant pas de féminin, madame Hannah Arendt est bien sûr tout à fait hors de cause.

     Le vrai "con", n'a certes pas besoin du savoir en tant que tel : il a "toujours su que"... Parlez-lui de n'importe qui, de Staline par exemple, le "con" a "toujours su" que Staline avait fait plusieurs dizaines de millions de victimes, si pas cent... Comme cela lui vient de "toujours", le "con" ne s'en remettra "jamais", sauf à accepter de bien vouloir devenir un tout petit peu moins "con".

     Evidemment, toutes celles et ceux qui ont cru pouvoir se porter garant(e)s des éminentes qualités intellectuelles de l'ouvrage de madame Arendt, ou bien sont des fripouilles, ou bien sont des... et plus ou moins indécrottables.

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10 juin 2012

5. Adorable, cette petite Hannah Arendt!

      En bonne logique, la conclusion des précédents aveux d'Hannah Arendt sur l'absence de toute documentation fiable permettant de mettre en cause les éventuelles responsabilités criminelles de Staline aurait dû être un non-lieu au moins temporaire.

     Mais, dès la première ligne du paragraphe qui suit celui dont nous venons de démontrer qu'il est un véritable hymne à la connerie ordinaire, nous avons droit à un coup de théâtre :
     "C'est une question plus sérieuse que de savoir si..."

     Ainsi donc, devoir admettre qu'il n'y a pas de preuves n'était pas suffisamment "sérieux" pour être pris vraiment en compte... et pour exiger de ne pas se jeter immédiatement sur une question plus sérieuse!... Plus sérieuse que celle-ci, dans l'histoire du XXème siècle, peut-il y en avoir vraiment une? Mais laquelle, donc?

     Nous y voici : "...que de savoir si une étude du totalitarisme peut se permettre d'ignorer..." Nous avons bien lu : "...savoir si... se permettre d'ignorer..." (savoir ignorer!)... Décidément, nous piétinons, avec délice, dans l'univers de la... connerie. Madame Arendt qui, au moment où elle écrivait ces phrases historiques, avait largement franchi sa soixantième année, était restée si admirablement jeune d'esprit... que c'en est un vrai miracle. De là à penser que sa petite affaire du "totalitarisme" est un moyen parfaitement adapté de jouer à la poupée avec le bonhomme Staline qu'elle ne va pas tarder à nous rendre en morceaux, il n'y a qu'un pas que pourront allègrement franchir tous ceux qui n'ont pas forcément tout de suite envie de se prosterner devant... ou la connerie, ou la méchanceté humaines.

     Laissons-la, alors, cracher tout son venin de petite fille un peu tortionnaire : "C'est une question plus sérieuse que de savoir si une étude du totalitarisme peut se permettre d'ignorer les événements qui se sont produits, et continuent à se produire, en Chine." En effet, depuis le moment où elle a ouvert sa boîte à marionnettes du totalitarisme en 1945, il y a eu 1949 en Chine et la prise du pouvoir par Mao et ses camarades. Hannah Arendt peut-elle négliger cette nouvelle mare de sang... dont il ne lui est pas interdit d'imaginer qu'elle aura laissé, cette fois-ci, quelques preuves?

     Hélas, trois fois hélas, la revoici bredouille : "Aujourd'hui encore [entre 1966 et 1971], notre connaissance des événements passés et présents en Chine est moins assurée que celle que nous avions de la Russie dans les années 30, d'abord parce que le pays a réussi à se protéger plus complètement des observateurs étrangers après la victoire de sa révolution, mais surtout parce qu'il ne s'est pas trouvé de transfuges de rang élevé du parti communiste chinois pour nous venir en aide - c'est là du reste en soi un phénomène hautement significatif."

     Cette tartine de petite fille mérite d'être étudiée de près... Rien sur l'U.R.S.S., et moins que rien sur la Chine. Donc, de façon "significative", voilà, de son propre aveu, où nichent les sources d'information qui peuvent venir en aide aux promoteurs des Guignols du totalitarisme authentifié par la boutique Arendt : chez les "transfuges"...

     Et pourquoi pas? s'ils nous fournissaient des preuves... qui n'existent pas...

     Mesdames-Messieurs les adultes - les citoyennes et citoyens? -, il va falloir se reprendre! ou bien retourner faire des petits pâtés sur la plage de la connerie, et, pas loin de là, sur celle de la trahison.

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09 juin 2012

6. Je ne sais pas, et c'est bien pourquoi je cause

     Immédiatement après le mot "significatif", et sans davantage crier gare, Hannah Arendt peut tranquillement nous asséner ceci, à propos d'une Chine dont elle vient d'avouer qu'au moment où elle écrit la préface qui nous occupe, elle ne sait rien, faute de "transfuges" :
     "Dix-sept ans après [1949, date de la prise de pouvoir de Mao], le peu que nous savons d'une manière certaine indique des différences essentielles : après une phase très sanglante - le nombre des victimes au cours des premières années de la dictature peut être évalué à quinze millions, soit environ 3% de la population en 1949, rien d'une amplitude comparable aux pertes en vies humaines de la "seconde révolution" de Staline - et après la disparition de toute opposition organisée, il n'y a pas eu accroissement de la terreur, pas de massacre d'innocents, pas de recours à la catégorie d'"ennemis objectifs", pas de procès-spectacles, en dépit d'un grand nombre de confessions publiques et d'"autocritiques", et pas de crimes de droit commun."

     Puisqu'il n'y a aucune preuve documentaire et pas de "transfuges" en ce qui concerne la Chine, le spectacle des Guignols du "totalitarisme" peut immédiatement commencer par le cas, justement, de la Chine. D'une manière "certaine", voici deux chapeaux. Sous le premier nous voyons effectivement un lapin qui "peut être évalué" à quinze millions de victimes. Après tout ce temps d'incertitude, la réussite de cette addition ne peut que nous rassurer, puisque c'est bien ce "con" pensait : le totalitarisme se définit, avant toute preuve, avant toute recherche documentaire (puisqu'il n'y a pas de documents), par le fait que, rien que sous un chapeau, il peut produire des millions de victimes, et dans ce cas-ci, précisément quinze... Une fois ôté le chapeau, il est vrai qu'il est assez facile de les compter, d'en connaître l'identité, la provenance, les raisons de leur transformation en victimes par le totalitarisme sanguinaire...

     Mais nous sommes tout de même déçus... 3%, c'est un peu pas assez. L'absence totale de documents nous facilite la tâche... Alors comment expliquer que nous ne poussions pas un peu plus loin le bouchon?... C'est que ce n'est pas vraiment la Chine qui intéresse Hannah Arendt... Rappelons qu'avec elle, nous ne sommes encore qu'aux environs de la fin des années 60. Et donc, en ce temps-là, la Chine...

     Ainsi, faisons preuve de générosité avec ce "totalitarisme-là" : "S'il s'agissait de terreur - et c'était très certainement le cas - c'était une terreur d'un genre différent ; quels qu'en soient les résultats, elle  n'a pas décimé la population." (page 199) Dommage, le coup du lapin sous le chapeau n'en aurait été que plus retentissant. Mais, rassurons la petite Hannah : pour la Chine totalitaire, ce n'était sans doute que partie remise... Malheureusement, pour le Tibet d'aujourd'hui, nous n'avons plus de chapeau...

     Puisque nous avons réussi à saisir la "terreur - et c'était très certainement le cas" par une oreille, voyons en quoi elle consiste. En effet, dès après le bout de phrase concédant ce fait qu'"elle n'a pas décimé la population", nous allons découvrir en quoi elle consiste. D'avance, nous en avons des frissons : "L'intérêt national, le bien-être du peuple tout entier, est resté le critère décisif dans les affaires intérieures comme dans les affaires étrangères : c'est ce qui a permis au pays, sans aucune aide extérieure, de se développer dans la paix et d'éviter le retour de désastres comme la famine et les inondations auxquelles il était autrefois soumis comme les autres pays asiatiques ; [...]." (page 199)

     On dirait que Hannah, la gentille petite tigresse du "totalitarisme" a reçu son goûter de quatre heures : elle ronronne doucement devant ses petites poupées chinoises... que voici provenir d'un peuple tout entier...

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08 juin 2012

7. Hitler-Staline : un mariage de raison ou un mariage d'amour?... Voilà où nous en sommes

     Après avoir évoqué ce premier chapeau des Guignols du totalitarisme sous lequel s'établit le lapin de rien moins que 15 millions de victimes du débutant Mao, nous allons nous tourner tranquillement vers le second chapeau sous lequel va se produire ce qui est un remake assez réussi de ce que la psychanalyse appelle : la scène primitive. En effet, ce petit bout de cinéma est construit de façon à produire un traumatisme aussi fondamental et marquant que possible : de ces drôles de coups de couteau qui font une cicatrice dont on ne se débarrasse plus jamais...

     Ne perdons pas de vue ce qu'Hannah Arendt vient de nous dire à propos de ces 15 millions de victimes de l'une des deux variantes d'un objet aussi improbable (nous allons voir pourquoi) que le "totalitarisme" : "...quinze millions, soit environ 3% de la population en 1949, rien d'une amplitude comparable aux pertes en vies humaines de la 'seconde révolution' de Staline..."

     Arrivés à cet endroit, nous commençons effectivement à nous inquiéter un tout petit peu tout de même... Car, il faut faire une première remarque. Certes, il était question, sans preuve, de 15 millions de personnes dites victimes. L'énormité invite aussitôt à d'abord se poser la question de savoir de quoi ces personnes ont été victimes : de spoliations, de punitions, d'emprisonnements, ou alors, mais alors dans quel monde sommes-nous... d'un assassinat collectif ? Quand, en France,  on dénombre 4 millions de victimes du chômage, nous n'avons certes pas tendance à nous rendre dans les cimetières pour entretenir leurs tombes et leur porter des fleurs...

     Or, comme nous le voyons aussitôt, l'arrivée de Staline après l'évocation des "victimes" de Mao transmute le vin en sang, et les "victimes" en "pertes en vies humaines". Désormais, nous n'aurons plus le moindre doute : les victimes sont des morts. C'est déjà cela de gagné après l'aveu d'une absence totale de documents...

     Mais les cadavres?... Eh bien, cela se trouvera très discrètement monté en épingle dans les ébats de la scène primitive qui se dérouleront bientôt en permanence sous le second chapeau des Guignols du totalitarisme... Commençons par ceci (page 200) :
     "En tout cas, il a toujours été clair que la 'pensée' de Mao Tsé-toung ne s'est pas développée selon les voies tracées par Staline (ou par Hitler, en l'occurrence), qu'il est profondément un révolutionnaire et non un assassin."

     D'abord, nous retrouvons la marque de la connerie ordinaire qui permet d'enjamber immédiatement la petite question des preuves : "il a toujours été clair que..." Ensuite, nous avons la confirmation de ce que les victimes sont effectivement des personnes mortes puisque, si madame Hannah Arendt reconnaît alors que Mao n'est pas un assassin, c'est pour bien nous faire comprendre que Staline, lui, en est un. Et puis, il y a cette magnifique parenthèse par laquelle le vrai deus ex machina des Guignols du totalitarisme apparaît sur la scène qui se prépare : Hitler. Pour lui, pas de millions de morts, rien du tout. Inutile : il y en a tellement de preuves que cela n'intéresserait sans doute personne...

     Mais surtout pas madame Arendt qui a pourtant commencé à travailler sur la question du prétendu totalitarisme en 1945, quand sautait au visage du monde entier la quantité, démentielle dans son horreur,  des victimes judéo-bolcheviques du nazisme... en Europe même, par exemple.

     Alors, la scène primitive en cours d'installation?...

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07 juin 2012

8. L'horreur qui nous mine quotidiennement

     On nous a tant parlé des camps de concentration, des chambres à gaz et de toutes les horreurs perpétrées ici ou là par le nazisme, que nous avons fini par croire que nous en avions été libérés. Bientôt, par la grâce de personnages de la dimension d'Hannah Arendt, nous avons découvert que nous ne savions pas encore le pire : les héros qui, au début de 1943 à Stalingrad, avaient imposé un coup d'arrêt aux troupes nazies avant que ce coup d'arrêt ne se transforme en un revers de dimension mondiale, étaient dirigés par un autre Hitler : Staline.

     Voici comment l'ensemble du monde ouvrier européen a bientôt quitté la route que parassaient lui indiquer les différentes résistances nationales, pour prendre celle du chômage de masse, du désespoir et de la honte... En France, plus particulièrement, ceci s'est traduit par la disparition totale de la pensée politique qui avait animé un certain Jean Moulin... N'y avait-il pas, dans son ombre, et à travers Pierre Cot, quelque chose qui était peut-être (sait-on jamais?) le KGB?... Et par conséquent... conviendra-t-il longtemps encore... de laisser Jean Moulin lui-même séjourner... au Panthéon?

     Pour remédier un peu à cette énorme perte de savoir, on pourra se reporter à :

8 - F       

       Michel J. Cuny - Françoise Petitdemange

       Editions Paroles Vives

      1994

       (459 pages, 29 €)

     Pour atteindre la page de commande et de paiement,

                                     c'est ici.

 

 

     Mais il nous faut ici revenir au terrible dévoiement du récit historique qu'Hannah Arendt et ses relais sont parvenus à induire en utilisant une méthode insidieuse dont nous commençons seulement à découvrir les principales caractéristiques. Manifeste-ment, cette reformulation d'une idéologie dominante adéquate au maintien de la domination capitaliste impérialiste d'après les monstruosités du nazisme a si bien réussi qu'un réflexe d'origine inconsciente paraît s'imposer désormais à chacune et chacun d'entre nous : historiquement et idéologiquement, Hitler et Staline ne font plus qu'un ; l'un appelle l'autre, et l'autre l'un. Il suffit à quiconque de s'interroger soi-même en toute sincérité pour en avoir immédiatement la preuve.

    Dans le cadre plus particulier du "joli" travail réalisé par Hannah Arendt dans son livre "Les Origines du totalitarisme", voici le chemin que cela prend.

     Souvenons-nous : nous avions laissé Hitler dans une parenthèse à la page 200. Il y arrivait sans que quiconque ait crié gare. Il y arrivait presque en touriste... à travers l'expression "en l'occurrence"... Il y arrivait un peu par hasard... Il y arrivait avec une certaine bonhommie... Et puis, tout de même, il était bien là, et avec lui la masse énorme des crimes, des massacres, des bombardements, des tortures diverses, le tout commis, un peu partout dans le monde, par la grâce de son nom. Que venait-il faire auprès de Mao et Staline? Pas grand-chose : tout juste déteindre sur. Que le sang répandu par lui puisse se répandre ailleurs... Aujourd'hui, c'est fait et bien fait : toute la scène des Guignols du totalitarisme est couverte des flots d'un sang dont il n'importe plus à personne de savoir d'où il vient.

     Car, comme nous le dit l'"éblouissante" Hannah Arendt dès la page 201 :
     "L'essentiel, bien sûr, n'est pas que la Chine communiste soit différente de la Russie communiste, ni que la Russie de Staline soit différente de l'Allemagne de Hitler."

     Puisque c'est du pareil au même... Comme le démontrent jusqu'à plus soif tous ces documents qui n'existent pas...

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06 juin 2012

9. Dictatures et tyrannies : tant qu'on veut. Mais "totalitarisme" : jamais!

     Ainsi, selon Hannah Arendt, essayer de faire le tri entre Chine communiste, Russie communiste et Allemagne nazie, ce serait s'affairer inutilement à couper les cheveux en quatre. Il s'agit tout simplement de régimes "totalitaires", cet objet improbable dont elle se promet de dégager les caractéristiques.

     Mais, aussitôt, elle aura préféré réaliser une grosse économie d'efforts : si la Chine communiste est effectivement à ranger dans la catégorie "totalitarisme", la mise au jour du nouveau concept peut se passer d'elle. En effet, et nous devrions le regretter pour la clarté de la démonstration, il se révèle, selon Hannah Arendt que "Mao n'est pas un assassin". C'est dire que si force est de ranger la Chine communiste parmi les régimes "totalitaires", l'exceptionnelle bonté d'âme de son grand dirigeant ne doit pas venir brouiller l'épure sanglante dont madame Arendt a besoin pour régler ses comptes avec ce qui se cache derrière tout totalitarisme "vrai" : la populace (selon la traduction française). Laissons donc la Chine.

     Pourquoi le "totalitarisme" ne doit-il être retenu qu'à l'état pur, c'est-à-dire comme un monstre en permanence assoiffé de sang? C'est bien sûr parce qu'il est la création d'une petite Hannah qui paraît avoir eu une certaine fascination pour les ogres!... Ou, plus généralement, pour les monstres. Et plus généralement encore, pour les monstres politiques. Dans le zoo des monstres politiques, elle est aux anges. Prenons-la sur le vif :
     "Dans notre contexte, le point décisif est que le gouvernement totalitaire diffère des dictatures et des tyrannies ; distinguer entre celui-là et celles-ci n'est nullement un point d'érudition qu'on pourrait tranquillement abandonner aux "théoriciens", car la domination totale est la seule forme de gouvernement avec laquelle la coexistence n'est pas possible." (page 201)

     Rendons le propos aussi explicite qu'il l'est : pas plus qu'il n'était possible de laisser en vie l'Allemagne nazie (elle s'était déjà pas mal chargée de ravager les pays qui l'entouraient), il n'était possible de ne pas tout faire pour abattre le pays des Soviets en tant que tel. Que sans le second (sous le "règne" de Staline), il eût été extrêmement difficile de venir à bout du premier, cela n'importe pas. Madame Arendt avait besoin que tout ce totalitarisme fût anéanti. Par contre, bonjour les dictatures et autres tyrannies qu'il ne faudrait surtout pas abîmer par inadvertance :
     "Aussi avons-nous toutes les raisons d'utiliser le mot 'totalitaire' avec parcimonie et prudence".

     En effet, les Guignols du totalitarisme sont là pour forger, établir et désigner des cibles qu'il faudra ensuite atteindre et anéantir : ici, pas de quartier... Toute coexistence est interdite. C'est-à-dire qu'il faut tuer. Oh, rien que le... totalitarisme... sans doute. S'il se laisse faire.

     Le compte d'Hitler ayant été enfin réglé en 1945, il ne restait plus, après la mort de Staline en 1953, qu'à anéantir sa réputation (et, derrière la sienne, celle de la grande URSS). Une phrase comme celle-ci peut amplement y suffire, n'est-ce pas?
     "Pour dire la chose un peu brutalement : nous n'avions pas besoin du discours secret de Khrouchtchev pour savoir que Staline avait commis des crimes, ou que cet homme prétendument 'méfiant jusqu'à la folie' avait décidé de placer sa confiance en Hitler." (page 202)

     Nous savons effectivement que, du point de vue documentaire, l'historienne Hannah Arendt n'a vraiment besoin de rien pour prouver quoi que ce soit.

     Quant à ce "méfiant jusqu'à la folie" qui place "sa confiance en Hitler", c'est un fort beau document assez bien trafiqué... Il ne fait qu'effacer 20 millions de morts soviétiques, combattants ou civils, hommes, femmes, enfants ou vieillards...

Arendt H-S ok

 

  
Pour sa part, l'édition française des
"Origines du totalitarisme" (page 110) 
fournit un autre document qui n'est pas mal non plus...
et d'une très grande vérité.
 C'est bien ce que l'on peut et doit appeler :
"la scène primitive"
(cf. photo ci-contre).

 

 

 

Posté par cunypetitdemange à 11:35 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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